Le 28 janvier 2026, notre conférencière préférée, la spécialiste d’histoire de l’art Sophie de Gourcy, nous a présenté un travail sur Eugène Delacroix. Et notre journaliste interne, Marie-Hélène Ruby, a rédigé pour vous compte rendu de cette conférence. Bonne lecture !
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Sophie de Gourcy nous présente aujourd’hui Eugène Delacroix sous ses multiples facettes. Delacroix né en 1798 et mort en 1863 aime regarder, apprendre, expérimenter et veut faire fructifier tout ce qui rentre dans ses cordes. « Passionné par la passion » comme il le dit lui-même, il est féru de théâtre, de musique -la musique le porte et stimule son imagination- , de musique de chambre, joue de plusieurs instruments en particulier du violon et de littérature. Il fait ses études à Louis Le Grand et en gardera,en sus d’une excellente formation, le goût du grec et du latin (Virgile entre autres).Il aime aussi l’équitation, l’escrime et le tir au pistolet. Il sera également conseiller municipal et élu enfin à l’Institut en 1857.
Orphelin de père à 7 ans et de mère à 16 ans, Delacroix appartient à une famille d’ébénistes de renom, les Oeben et les Ruisener et sera recueilli après la mort de ses parents par un de ses oncles. Quand vient l’heure du choix, bien que fortement influencé par son professeur de musique, organiste ayant connu Mozart, il s’oriente vers la peinture pour laquelle il a une plus forte inclination et est admis dans l’atelier de Pierre Narcisse Guérin. Cet atelier, néoclassique, qui apprend les rudiments de la tradition classique tels que les affectionnait Ingres, avait cependant un esprit libéral, ouvert à la différence et permettant ainsi au jeune Delacroix de donner libre cours à son imagination, à sa fougue créatrice lui offrant de rejoindre le romantisme prôné par Géricault qu’il rencontrera dans ce même atelier et qui le marquera et l’influencera dans nombreuses de ses œuvres. Géricault, chef de file du romantisme avant Delacroix ; Mais qu’est-ce que le romantisme ? La couleur plutôt que la ligne, la nouveauté dans une peinture qui se veut réaliste et donc expressive, plus sensuelle aussi. Une peinture qui frappe le spectateur.
Delacroix sera également très impressionné par Rubens, il ira à sa découverte en Flandre puis recherchera le moindre tableau dans toute la France. Le rendu des carnations de Rubens le fascine. Alors qu’il refuse d’aller en Italie se contentant des œuvres italiennes du Louvre, il ira en Angleterre,
où il découvre l’aquarelle qui aura une influence décisive sur sa peinture car il va essayer de transposer les techniques de l’aquarelle sur la peinture. Enfin, il passera six mois au Maroc et son regard en sera transformé, il découvre l’antiquité vivante et surtout la lumière. Il remplit des cahiers de dessins et aquarelles (800) et certaines deviendront des tableaux (60) comme « les femmes d’Alger » et ces fameuses « fantasias ».L’orientalisme est à la mode et il en profite, trop heureux de pouvoir donner libre cours à ses découvertes picturales au Maroc
Il s’attaque également à la gravure illustrant le roman de Goethe (Faust) Il en fera 17 lithographies.
Delacroix préfère la couleur au dessin et il ne cessera d’élargir sa palette non en multipliant les couleurs mais en sublimant les rouges, les ocres, les bruns, les vermillons, en juxtaposant les couleurs les unes à côté de autres pour comprendre leurs correspondances, faire vibrer la toile et attirer le regard, en opposant les couleurs chaudes et les couleurs froides pour donner un effet de profondeur , l’ombre et la lumière pour donner du relief, en faisant scintiller différents sortes de blanc, peignant par petites points (devançant l’impressionnisme), le blanc, sa couleur fétiche pour la lumière qu’il renvoie, pour un point d’ancrage sur une toile,( « la mort de Sadarnapale », ) pour rendre vivantes, la carnation de la peau ou la transparence d’ un corsage (« femmes d’Alger dans leur appartement » présenté au salon de 1824). Mais il faut mentionner aussi ce bleu profond, ce bleu cobalt qui habite un certain nombre de tableaux : « La liberté guidant le peuple « , allégorie de l’élan révolutionnaire, en 1830.
On reprochera à Delacroix son manque de composition en particulier dans « la mort de Sardanapale » où gît et grouille une multitude de corps s’écrasant au premier plan du tableau.
Il aime le mouvement, la fougue, (les mêlées) ses chevaux sont saisissants de réalisme, ruant écumant, apeurés , les visages expressifs torturés par la souffrance comme dans « les massacres de Scio » exposé au salon officiel en 1824. Aux tourments des hommes s’associent les tourments du ciel. Ses corps la plupart dénudés paraissent sculptés, il s’est inspiré de Michel Ange. Il connaît aussi le principe du raccourci si l’on se réfère à certains des personnages de « la barque de Dante ».
A côté de ce déchaînement de corps, de chevaux , il peint aussi des portraits, » Auto portrait au gilet ver »t des paysages, « paysage de Dieppe », le parc feuillu de Nohant où il multiplie les touches de vert, des bouquets de fleurs « les fleurs me rendent fou, elles m’éblouissent et m’aveuglent » des peintures religieuses « la madone des moissons en 1829 ».
Delacroix se dépassera dans son dernier combat « le combat de Jacob avec l’ange » (1850-1861), son testament pictural, lui qui nous disait « qu’un tableau est une fête pour l’œil ».
Marie-Hélène Ruby
